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Madagascar,150 ans de catholicisme romain à Antananarivo. Histoire de la Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo

Vue partielle des fidèles au collège Saint Michel, ce 21 août 2011. En médaillon, la Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, première chrétienne malgache béatifiée.

1861-2011. Cela fait 150 ans que la main du catholicisme romain a mis les pieds sur la Grande île de l’océan Indien, plus précisément à Antananarivo, la Capitale. Une grande messe a été organisée au mythique collège jésuite Saint Michel d’Amparibe. Plutôt que de faire comme les intellectuels malgaches, journalistes compris, qui tendent à tout politiser -consciemment ou non-, je vous laisse, ici, des archives écrites et audiovisuelles pour la postérité. Un seul mot, au passage : on parle de la présence du couple Mialy et Andry Rajoelina mais le couple Thérèse et Albert Zafy était également à Amparibe (CLIQUEZ ICI pour voir les 14 vidéos immortalisant ce moment grandiose, historiquement parlant).

CLIQUEZ ICI POUR LA VIDEO OU L'ON VOIT LE COUPLE THERESE ET ALBERT ZAFY

Peu sinon aucun média local ne parle de cette présence zafienne »... On met plutôt à la Une ses paroles d’insensé au Magro Behoririka… Comme le couple Rajoelina, le professeur Zafy est de religion catholique mais pratique, à sa manière, le « qui aime bien châtie bien »… Praticien, il sait disséquer tous les défauts des autres. Il ne doit donc jamais se regarder dans le miroir de sa propre conscience. « Azy ny azy e ! » (tant pis pour lui). La question n’est pas de l’aimer ou de le haïr ou de le respecter alors qu'il ne se respecte pas lui-même, à son âge avancé. Non, il s’agit de le mettre en face de lui-même, de ses propres contradictions. Basé sur le comportement des hypocrites, je dédie donc spécialement ce qui suit, au professeur Zafy, premier président empêché (donc incapable, incompétent) de l’Histoire politique de Madagascar. Ce n’est pas de l’amalgame mais une manière de confondre un hypocrite fini. Ses pairs se reconnaîtront :

Zafy Albert, 84 ans, qui ne devra s’en prendre qu’à lui-même, désormais

Malheur !

Ils déclarent bien le mal et mal le bien.

Ils font de l'obscurité de la lumière et de la lumière l'obscurité.

Ils font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui est amer.

Malheur !

A leurs propres yeux, ils sont sages, de leur point de vue, ils sont intelligents.

Malheur !

Ils justifient le coupable pour un présent et refusent à l'innocent sa justification...

Esaïe (5/20-21-23)

Le Seigneur dit, toujours à propos des hypocrites :

« Ce peuple ne s'approche de Moi qu'en paroles, ses lèvres seules Me rendent gloire, mais son cœur est loin de Moi. La crainte qu'il Me témoigne n'est que précepte humain, leçon apprise ».

Esaïe (29/13)

L'arrivée du couple présidentiel actuel, Mialy et Andry Rajoelina

Revenons à nos moutons. Pour résumer cette grande messe du dimanche 21 août 2011, il a été martelé que la foi en Dieu passe avant le savoir de l’être humain. Mais en pratique, il y a très loin de la coupe aux lèvres… Cela révélé, allons-y pour un grand dossier d’Histoire.

Ranavalona I, Reine de Madagascar de 1828 à 1861

Sous la reine Ranavalona I, la religion chrétienne (monothéiste comme l’Islam et le judaÏsme) croyance protestante réformée de Jean Calvin, avait été bannie. Rasalama est devenue la première martyre de ce protestantisme calviniste. Dans les livres d’histoire, rédigés par les futurs colons, on lit « Ranavalo, la reine cruelle ». En fait, face à l’influence européenne, elle a voulu faire du protectionnisme pour conserver une identité culturelle traditionnelle basée sur le culte des ancêtres. Vilipendée par certains, depuis, comme étant de l’idôlatrie (« fanompoan-tsampy »). Culte « païen » lit-on dans des ouvrages français… Mais, les gars, c’était la manière de croire à « Zanahary » (Etre Suprême qui a créé l’univers) et aux « Razana » (Ancêtres), avant l’arrivée des premiers missionnaires chrétiens de la London Misionary School ou LMS ! Ce n’est pas pour rien qu’en malgache, le mot patrie est traduit par « Tanindrazana », littéralement la Terre-des-Ancêtres. Par ailleurs, on ne résiste pas longtemps au bulldozer du Vatican. Vous n’avez pas vu le film « Mission » avec Jeremy Irons et Robert de Niro ? Toujours est-il que voici la véritable histoire de l’entrée du catholicisme romain à Madagascar et le nom de tous les acteurs de l’époque.

Radama II, Roi de Madagascar de 1861 à 1863

A la mort de la reine Ranavalona I, son fils Radama Ier lui succéda, en 1861. Ce roi, libertaire car très libertin, autorisa alors les missionnaires chrétiens (protestants et catholiques) à revenir s’établir à Madagascar. Les premiers missionnaires jésuites (Compagnie de Jésus) arrivèrent à Antanarivo durant le dernier trimestre de cette année 1861. Arrivées avec eux, Sœur Madeline et Sœur Gonzague, deux religieuses de la congrégation de Saint Joseph de Cluny, qui ouvrirent, à Faravohitra, la première école catholique pour jeunes filles. C’était le 14 novembre 1861. Parmi leurs toutes premières élèves, se trouvait Rasoamanarivo.

Quelle est la généalogie de cette future Bienheureuse ? Son ancêtre Andriantsilavo était un des conseillers du roi Andrianampoinimerina. De la caste des Tsimiamboholahy d’Ilafy, ce conseiller eut sept enfants. L’aîné, Rainiharo, devint « Praiministra » (Premier ministre) de Ranavalona I. Une de ses filles, Rambahinoro épousa Rainandriatsivalo, fils de son frère Ratsimanisa, De ce mariage, plus d’intérêt que de raison (« lova tsy mifindra »), naquirent aussi sept enfants dont le quatrième fut une fille nommée Rasoamanarivo née 1848. C’est sa mère qui la confia aux sœurs de Saint Joseph de Cluny. Victoire avait alors 13 ans. Sa formation religieuse dura un an et demi et, le 1er novembre 1863, elle fut baptisée avec le prénom de Victoire. Sa marraine n’était autre que Sœur Gonzague, devenue Mère supérieure des religieuses de Saint Joseph de Cluny. Entre-temps, le règne du roi Radama II avait brutalement pris fin…

Victoire Rasoamanarivo

Le 14 janvier 1864, Victoire reçut sa première communion dans l’église d’Andohalo remplie aussi de protestants et de ceux qui pratiquaient la religion traditionnelle ancestrale. Les premiers comme les derniers étaient inquiets de cette montée du catholicisme… Le 13 mai 1864, Victoire épousa Radriaka, 15 honneurs (« XV Voninahitra »), fils aîné du « Praiministra », Rainilaiarivony. C’était donc son cousin. Encore un mariage arrangé qui ne sortait pas du cercle familial… Bien que Radiraka ne fut que le fils adoptif de Rainilaiarivony. Combinant religion traditionnelle et catholicisme, la célébration de ce mariage dura toute la journée. D’abord le cérémonial des rites ancestraux toute la journée ; puis à 22h, mariage religieux, pour se conformer à la volonté de mademoiselle Victoire de célébrer officiellement cette union devant un prêtre. Le 11 septembre 1864, Dame Victoire Rasoamanarivo reçut sa confirmation.

Rasoherina, Reine de Madagascar de 1863 à 1868

A présent, nous sommes sous le règne de la reine Rasoherina qui fit du protestantisme une religion d’Etat. Car les missionnaires catholiques eurent en face d’eux une efficace et redoutable rivalité des protestants qui influença la reine. La propre tante de Victoire, Rainimaharavo, fut même la plus acharnée des anti-catholiques de l’époque. Mais sa nièce tint bon contre cette ligue dont faisait aussi partie son mari. Ses seuls alliés étaient son esclave Rosalie et un de ses cousins, Antoine Radolifera. Prenant son avenir en mains, Victoire alla habiter dans une maison à quelques mètres du Palais de la reine. A vingt ans, elle allait vivre de manière austère, faite de prières, entre les obligations familiales et ses devoirs de Dame de la Cour de la Reine. Un passage, dans un livre d’histoire raconte : « Son comportement de bienveillance envers son entourage, les œuvres charitables auxquelles elle s'adonnait, un témoignage de foi sans respect humain, tourné en dérision les premiers temps, finirent par imposer le respect et lui donnèrent un ascendant moral indiscuté dans la société de la cour où prédominaient les influences protestantes ou païennes ». Toutefois elle avait la confiance du Premier Ministre Rainilaiarivony, qui était aussi son beau-père, rappelons-nous.

Le 6 Septembre 1873, Victoire Rasoamanarivo est élue comme première Présidente de la Congrégation des Enfants de la Vierge Marie (« Zanak'i Masina Maria »). En 1876, le Révérend Père Pierre Caussèque fut nommé curé de la paroisse d'Andohalo, celle de Victoire Rasoamanarivo. La mission catholique connut un certain regain de vitalité, avec, notamment : le lancement d’une revue intitulée, « Resaka » (Discussion) ; la création de l'Union Catholique, un mouvement de spiritualité mariale avec les anciens élèves des Frères ; le développement de la Congrégation de la Sainte-Vierge, à laquelle appartenait Victoire. Cette Congrégation s’orientait vers les œuvres de charité en faveur des pauvres et des lépreux. Le R.P. Caussèque fut à l’origine du rapide achèvement de la construction de la cathédrale entreprise avant lui. Victoire y avait contribué généreusement.

En 1883, le premier conflit franco-malgache allait remettre tout en cause, avec la menace du départ de tous les missionnaires. A l’époque, Les membres de la communauté catholique malgache étaient des jeunes issus des couches modestes, sinon pauvres de la population. Dans ce contexte, seule Victoire Rasoamanarivo demeurait la seule personnalité assez influente pour défendre ceux qui, en raison de leurs relations avec les Français, étaient considérés comme des traîtres par leurs adversaires.

Rainilaiarivony, Prime Minister (Praiministra), sous les Reines Rasoherina, Ranavalona II et III

L’ordre d’expulsion des missionnaires leur parvint le 15 mai 1883. Le 29 mai, les Sœurs de Saint Joseph de Cluny plièrent bagages et quittèrent la Capitale à pieds. Aucun porteur ne voulait être recruté par elles. Souvenons-nous que c’était l’époque des « Filanjana » ou chaises à porteurs. Victoire alla alors voir son beau-père de Praiministra qui donna des instructions. Des porteurs rejoignirent alors les expulsées à une dizaine de kilomètres de la ville. Avant son départ, le R. P. Caussèque convoqua les membres de l'Union Catholique et leur confia le sort des églises et des écoles pendant l'absence des missionnaires. Il confia à Victoire la mission de soutenir les fidèles de toute son autorité morale et de toute l'influence dont elle bénéficiait auprès du Praiministra. Vous l’aurez enfin compris : ce mot vient de l’anglais Prime Minister

Arrivée de Mgr Odon Arsène Marie Razanakolona, Archevêque d'Antananarivo

Après le départ des missionnaires, les églises furent fermées et sous bonne garde. Mais le premier dimanche après ce départ massif des religieux étrangers, Victoire put obtenir la réouverture de toutes les églises existantes. L'Union Catholique dirigée alors par Paul Rafiringa, élabora un programme d'activités religieuses pour le dimanche et les jours de semaine. Rien de ce qu’avaient établis les missionnaires ne fut changé. L'Union Catholique devint la seule entité permettant d'agir sur la communauté des chrétiens malgaches. Une vingtaine de ses membres se partagèrent les onze districts autour de la capitale pour présider les réunions dominicales et visiter les écoles de la part de Victoire et pour encourager les maîtres isolés.

Le Bienheureux Raphaël Louis Rafiringa

En cette période trouble et troublée, le Frère Raphaël Louis Rafiringa (qui a également été béatifié, à Antsonjombe, le 8 juin 2009) avait été nommé à la tête de l'Église par un vote de la communauté catholique. Avec l'action conjuguée de Victoire Rasoamanarivo, bien des catholiques, victimes d'une véritable persécution, purent être sauvés grâce à ses interventions : des maîtres emprisonnés par les gouverneurs des lointaines provinces pour avoir réuni des fidèles, ou des catholiques injustement traduits devant les tribunaux par des protestants.

A l'extrême-droite, César Coly, Ambassadeur du Sénégal à Madagascar

Mais tout a une fin… Les missionnaires revinrent après la fin des hostilités franco-malgaches. Le 29 mars 1886, leur retour solennel à Tananarive, après trois ans d'absence, apporta une immense joie à Victoire. Le 23 avril 1886 marqua l’arrivée dans la capitale de Mgr Cazet, nouveau Vicaire Apostolique de Madagascar. Et le jour de Pâques de cette même année, tous les membres de l'Union Catholique vinrent saluer le nouvel évêque. Leur Préfet, Paul Rafiringa, présenta Victoire à Mgr Cazet comme étant leur protectrice qui les a défendus ardemment contre les persécutions. Il faut savoir que, durant l’absence des missionnaires, le nombre des catholiques malgaches avait quadruplé, grâce aux actions de Victoire Rasoamanarivo. Elle reprit sa place au sein de la paroisse et s'occupa d'œuvres de charité en faveur des lépreux et des prisonniers. Le 14 mars 1888, son époux Radriaka, toujours anti-catholique, fit une chute mortelle. Mais, au moment de son agonie, il accepta d’être baptisé par son épouse qui lui donna accorda l’extrême onction. Après ce drame, Victoire se retira peu à peu de la vie publique pour se consacrer à une vie de prières et de méditations.

La cathédrale d'Andohalo. Premier plan, à l'extrême-gauche, la chapelle où repose la Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, depuis le 30 avril 1989

A partir de 1890, sa santé se détériora. Trois ans plus tard, sur ordre de ses médecins, elle fut obligée de cesser toute activité pour aller prendre du repos à Ambohipo, dans une propriété de la mission catholique. Mais le 21 août 1894, elle décéda. Elle avait 46 ans. Ses funérailles eurent lieu à la cathédrale d’Andohalo et durèrent trois jours, devant une assistance exceptionnellement nombreuse à l’époque. Le 25 août 1894, selon la volonté du Praiministra (le même sous trois reines), sa dépouille mortelle fut cachée (« nafenina » dans le langage noble) dans le caveau familal du tombeau sis à Isotry, dénommé « Fasan-dRainiharo » (littéralement, le tombeau de Rainiharo, leur ancêtre commun). En réalité, le nom exact est Rainiharoson qui était son grand-père, époux de la reine Ranavalona I. La disparition de Victoire Rasoamanarivo est intervenue quelques mois avant le deuxième conflit franco-malgache.


En 1931, Mgr Fourcadier, Vicaire Apostolique de Tananarive, annonça que le Procès de l'Ordinaire, sur les vertus et les miracles de Victoire Rasoamanarivo, allait être instruit. En 1934, le Pape Pie XI fit savoir que la demande de l'Église de Madagascar avait été transmise à la Congrégation des Rites. En septembre 1961, lors de la célébration du centenaire de la mission catholique à Madagascar, les restes mortels de Victoire Rasoamanarivo furent transférés dans le caveau des prêtres de la mission catholique d’Ambohipo. Cela, pour réaliser ce souhait qu'elle avait exprimé de son vivant.

Image officielle de la première Bienheureuse malgache, en vêtements traditionnels de son époque

Lors de sa visite à Madagascar, le Pape Jean Paul II célébra une messe à la cathédrale d’Andohalo, le 29 Avril 1989. Et le 30 avril 1989, il béatifia la Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo. A cette occasion, l'Eglise Catholique transféra le corps de Victoire du « Fasan-dRainiharo » à la Chapelle située devant le portail de la Cathédrale d'Andohalo. Depuis, beaucoup de fidèles y défilent quotidiennement pour se recueillir, ou tout simplement, pour la remercier de son intercession.

Grande dossier historique de Jeannot Ramambazafy – 22 août 2011

Sources :

Fascicule rédigé par Monseigneur Anselme Régis Rajaona, traduction de « Beatificationis et Canonizationis, Servae Dei Victoire RASOAMANARIVO, viduae INFORMATIO », édité à Rome (Vatican) le 10 Avril 1977, avec l'Imprimatur de Monseigneur Raymond Razakarivony, le 25 Mars 1986.

« L'Église Catholique à Madagascar », Bernard Blot, Tananarive 1961

« Les Jésuites à Madagascar au XIXe siècle », A. Boudou, Paris 1942

« La vie héroïque de Victoire Rasoamanarivo », Mgr. Étienne Fourcadier, Paris. Procure de la Mission de Madagascar, 1937.

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SOLENNELLE BÉATIFICATION DE VICTOIRE RASOAMANARIVO

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II


Le Pape Jean Paul II à Madagascar


Antananarivo (Madagascar)

Dimanche, 30 avril 1989


1. Derao i Jesòa Kristy Tompo! [Loué soit Jésus-Christ!]

« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ».

Ce Dimanche du temps pascal est un grand événement pour l’Eglise à Madagascar.

Pour la première fois dans votre histoire, une fille de cette terre est élevée à la gloire des autels, Victoire Rasoamanarivo.

Je me réjouis que, par ma venue au milieu de vous, l’Eglise apostolique, l’Eglise des saints Pierre et Paul, soit présente en ce jour. Elle apporte ici tout l’héritage de foi et de vie qui, par le témoignage des Apôtres, découle du mystère pascal de Christ Jésus, le Rédempteur du monde.

Dans la joie pascale, je suis heureux de saluer votre Pasteur, mon frère le Cardinal Victor Razafimahatratra, si proche de l’Evêque de Rome comme membre du Collège des Cardinaux. Je salue aussi son Auxiliaire, Monseigneur Nicolas Ravitarivao, et les autres Evêques présents. Je dis mes vœux cordiaux aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et à tous les fidèles laïcs.

J’exprime ma gratitude aux Autorités de l’Etat et de la région qui ont tenu à prendre part à cette célébration marquante pour l’Eglise catholique à Madagascar.

Au Cénacle, avant de partir vers le Père, Jésus-Christ a promis aux Apôtres le Paraclet: « Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout ».

Aujourd’hui, l’Eglise à Madagascar participe d’une manière toute particulière à la venue de ce Paraclet, à la descente de l’Esprit Saint. En effet, le fruit le plus beau de son action, c’est la sainteté des fils et des filles des hommes. Dans la sainteté se manifeste l’amour qui est le plus grand de tous les dons de l’Esprit et qui, plus que toute autre chose, élève l’homme aux yeux de Dieu.


2. « Si quelqu’un m’aime – dit le Christ –, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ».

Nous honorons aujourd’hui une femme qui a authentiquement aimé le Christ; une femme qui est demeurée fidèle à la parole du Seigneur: Victoire Rasoamanarivo. L’Eglise reconnaît sa sainteté, avec ses frères et sœurs de cette terre qui l’admirent, qui s’inspirent de son exemple, qui comptent sur son intercession. L’Eglise à Madagascar et l’Eglise dans le monde la saluent comme celle en qui Dieu demeure, comme une sœur dont on reste proche dans la mystérieuse réalité de la communion des saints.

Car Victoire a vécu intensément le don de la foi, dès son initiation chrétienne comme catéchumène. Elle a accueilli l’Esprit du Christ. Elle a su conserver tout au long de sa vie le souvenir vivant de la Parole de Jésus. Avec la force du «Défenseur», elle a trouvé le courage d’une fidélité sans défaillance.

Au fond d’elle-même, Victoire restait sans cesse en présence de Dieu. Tous étaient frappés par l’intensité de sa prière. Familière de la présence de Dieu, elle savait entraîner les autres dans l’intimité du Seigneur. A l’image de la Vierge Marie, elle avançait au long des jours dans le pèlerinage de la foi. N’avait-elle pas donné à l’Union catholique la consigne: «Sanctifions-nous d’abord nous-mêmes; nous nous occuperons ensuite de sanctifier les autres»? Le témoignage de son action montre bien qu’il ne s’agissait pas d’une piété fermée sur elle-même. Au contraire, Victoire n’imaginait pas qu’un chrétien puisse porter à ses frères la Bonne Nouvelle sans ouvrir tout son être à la puissance de la grâce. C’est pourquoi, au milieu des activités et des soucis, elle trouvait toujours beaucoup de temps pour la prière.


3. Aux chrétiens d’aujourd’hui, Victoire montre comment vivre son baptême. Adolescente, éduquée par les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, elle prépare avec sérieux son entrée dans l’Eglise. Découvrant les commandements de Dieu, elle est aussitôt résolue à les observer, à lutter contre le péché. Elle pratique l’obéissance à la loi de Dieu dans une heureuse liberté intérieure, comme quelqu’un qui aime! Alors elle accueille la vie nouvelle qui lui est donnée. Le sacrement du baptême, c’est vraiment pour elle se laisser saisir par la présence du Christ ressuscité. Sa conversion est si franche et si pure qu’elle donne l’impression, dès le début, d’être chrétienne dans tout son être. La confirmation achèvera de faire d’elle une fidèle, un «temple du Saint-Esprit», comme dit l’Apôtre.

Nous prions Victoire pour qu’elle aide les fils et les filles de Madagascar à recevoir le don de la foi, de la manière généreuse dont elle l’a reçu; nous la prions pour qu’elle entraîne ses frères et sœurs malgaches à mettre toute leur vie dans la lumière du Christ qui illumine les baptisés, qui guide leurs décisions, qui les soutient dans la peine et les accompagne dans la joie.

Et vous prenez aussi exemple sur elle, lorsque vous découvrez son profond amour de la Messe qu’elle ne voulait jamais manquer. La communion au Corps du Christ, c’est la vraie nourriture du baptisé, car c’est la rencontre la plus intime du Seigneur: il s’est fait pain de vie pour que nous partagions sa vie. Il se donne en communion, pour que nos liens fraternels soient renforcés et élargis par sa présence d’amour. Il a voulu que son sacrifice soit célébré en tous les temps afin que toutes les générations s’offrent, par Lui, à son Père pour le salut et la réconciliation de la multitude.

Nous savons aussi quelle courageuse fidélité Victoire a montrée au sacrement du mariage, malgré les épreuves de son couple. Son engagement avait été scellé devant Dieu, elle n’a pas accepté de le remettre en question. Avec le soutien de la grâce, elle respecta son époux envers et contre tout et lui garda son amour, dans le désir ardent qu’il se tourne vers le Seigneur et qu’il se convertisse; il lui fut donné la consolation de voir, à la fin, son mari accepter le baptême.

Frères et Sœurs, à la suite de Victoire, ne manquez jamais d’aller boire à la source d’eau vive des sacrements: ce sont les dons inépuisables du Christ à son Eglise!


4. Liée à ses frères et sœurs dans cette profonde communion, Victoire a pratiqué la solidarité avec une constante générosité, peu soucieuse d’amasser un trésor sur cette terre. Il ne s’agissait pas seulement de donner, il s’agissait d’aller à la rencontre des pauvres, des malades ou des prisonniers et de leur témoigner tout l’amour dont elle était capable: elle soulageait les souffrances et offrait ce qu’elle avait, avec humilité, en oubliant son rand social privilégié.

Pour cela, elle est aussi un exemple entraînant. Vos situations sont différentes; mais les pauvres sont toujours parmi vous. Je me réjouis du thème que vous avez choisi pour cette visite pastorale: il vous place vraiment à la suite de Victoire. L’Eglise, communion au service de la solidarité d’un peuple: Cela veut dire que le souci de tous est de partager ce qui les fait vivre, les biens spirituels et les biens matériels. Cela veut dire que tous se sentent responsables du bien commun. Cela veut dire que tous cherchent cette justice évangélique qui donne à chacun ses chances de s’épanouir. Cela veut dire que dans la vie publique, dans la vie professionnelle, dans la vie familiale, tous travaillent pour avancer sur les chemins du développement intégral de l’homme, de l’homme aimé de Dieu, de l’homme fraternel.


5. Au cours d’une période critique de la jeune Eglise à Madagascar, Victoire est apparue dans toute sa stature de laïque activement engagée dans la vie de la communauté et dans son apostolat. Ces quelques années de service de la communauté ecclésiale ont laissé un souvenir encore très vivant. Et, même si les circonstances sont toutes autres maintenant, le rayonnement de Victoire demeure grand alors que plus d’un siècle s’est écoulé. La béatification confirme qu’elle est un modèle pour les fidèles laïcs d’aujourd’hui.

Chrétienne dans sa maison, chrétienne dans le milieu de la cour dont elle faisait partie, active dans le mouvement des Enfants de Marie, Victoire se trouvait prête à assumer des responsabilités exceptionnelles. Elle avait la confiance de tous; on la chargea d’animer et de protéger l’Union catholique qui devait maintenir vivante la communauté privée de ses prêtres.

L’énergie que Victoire puisait dans la foi et dans la vie de prière, elle la mit au service de tous dans une collaboration active avec le Frère Rafiringa et tous les membres de l’Union. Grâce à son influence, elle put aider à garder la Maison de Dieu ouverte et la communauté solide. Elle animait avec ferveur la prière commune. Elle veillait à ce que la formation spirituelle progresse en même temps que l’instruction sur le sens de la foi. Les Frères et les plus formés parmi les chrétiens dirigeaient des retraites où beaucoup affermissaient leur foi. Elle savait apaiser les tensions. Par ses encouragements, elle aidait ses frères et sœurs à demeurer dans l’unité, en ville et dans les autres postes.

Au cours de cette période difficile, alors que les prêtres étaient éloignés, la communauté ne perdit pas son dynamisme apostolique: des catéchumènes étaient instruits et préparés au baptême. Cela correspondait bien à la passion que Victoire eut toute sa vie de faire connaître Jésus-Christ, de partager la Bonne Nouvelle qui la comblait d’espérance et de joie. Elle fut une vraie missionnaire. Pour elle, il n’y avait pas de plus grand bonheur que de voir ses proches accéder à la foi et recevoir le baptême.

Quand nous contemplons la figure de Victoire au milieu de la jeune Eglise de ce pays, nous comprenons mieux encore le rôle irremplaçable de fidèles laïcs, si fortement mis en valeur par le Concile Vatican II, et récemment par l’Assemblée du Synode des Evêques. Dans une exhortation apostolique, j’ai dit la grandeur de la vocation et de la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde. Je suis heureux d’avoir pu venir chez vous pour célébrer la béatification d’une fille de votre noble peuple malgache, qui a été «colonne et fondement» pour ses frères et cœurs. Désormais, elle le sera plus encore.


6. Victoire illustre en particulier la place qui revient aux femmes dans l’Eglise. Femme laïque, elle rappelle près de vous les femmes de l’Evangile, ou bien celles dont saint Paul a gardé le souvenir: Lydie qui eut un rôle important dans la jeune communauté de la ville de Philippes, Damaris qui accueillit l’Evangile à Athènes alors que bien peu l’écoutaient, Loïs et Eunice qui communiquèrent leur foi à Timothée. Avec ses belles qualités de femme, Victoire à son tour a assumé les missions d’évangélisation, de sanctification et d’animation. Elle sut déployer une activité intense en bonne harmonie avec tous les membres de l’Eglise, les hommes comme les femmes, les prêtres comme les laïcs.

A notre époque, il est apparu particulièrement important de réagir à trop d’attitudes négatives dont les femmes ont souffert et souffrent encore, et qui sont étrangères à l’esprit de l’Evangile. « La reconnaissance franche et nette de la dignité personnelle de la femme constitue le premier pas à faire pour promouvoir sa pleine participation tant à la vie de l’Eglise qu’à la vie sociale et publique ».

La béatification de Victoire est un encouragement pour toutes ses sœurs de Madagascar. Qu’elles se sentent pleinement reconnues dans leur dignité et dans leurs responsabilités de chrétiennes! Qu’elles n’hésitent pas à apporter leur contribution spécifique à l’évangélisation! Leur aptitude à l’accueil de la Parole de Dieu et à la transmission de la foi, la qualité de leur sens moral, leur sensibilité particulière pour la dignité de l’être humain sont des biens irremplaçables pour l’Eglise.


7. Vous reconnaissez en votre première Bienheureuse les qualités traditionnelles de votre peuple. Beaucoup de témoins ont décrit sa patience, non pas une résignation ou une fuite devant les difficultés, mais une attitude profondément pacifiée devant ce qui attriste ou ce qui blesse, même devant le mal que l’on réprouve. Sa patience inlassable renforçait sa conviction chrétienne pour demeurer fidèle aux liens indissolubles du mariage malgré les humiliations et les souffrances qu’elle endurait. Elle impressionnait ceux qui l’approchaient par la joie intérieure qui l’habitait. Elle gardait une confiance optimiste, même aux moments les plus inquiétants. Jamais elle ne se détachait des liens ancestraux de solidarité qui unissent dans son peuple chaque personne à toute la société; elle épanouissait en elle la spiritualité naturelle des Malgaches.

C’est avec toute la richesse de sa personnalité que Victoire a donné son adhésion sans réserve à la foi. L’intimité avec le Christ et les dons de sa grâce l’ont amenée à porter très haut ses vertus humaines. Nous admirons en elle une femme à qui il a été donné d’unir merveilleusement ce qu’elle a reçu par la lumière de l’Evangile. Dans sa simplicité spontanée, elle est un magnifique exemple pour votre communauté chrétienne soucieuse de mettre en valeur le meilleur de son héritage dans une rencontre féconde avec la grâce du baptême. Je crois que la sainteté de Victoire pourra éclairer en profondeur les recherches que vous menez pour une juste inculturation de la foi chrétienne sur votre terre.


8. « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce;

Qu’ils te rendent grâce tous ensemble!

Que les nations chantent leur joie ! »/.

C’est vraiment un jour de grande joie, de joie pascale pour le peuple de Madagascar.

C’est aussi un jour de grande joie pour l’Eglise, qui invite les peuples de toute la terre à s’unir en elle dans la foi et le salut.

L’Eglise entière partage la joie de chacun d’eux, elle partage aujourd’hui votre joie, fils et filles de Madagascar.

Les Bienheureux et les Saints – de génération en génération – sont signes de notre vocation à la Jérusalem céleste que nous rappelle la deuxième lecture de ce dimanche avec le Livre de l’Apocalypse de saint Jean. Ils montrent la route à tous les hommes et à toutes les femmes, la route de la vocation définitive de l’homme. C’est la route de la participation à la gloire éternelle de Dieu lui-même: du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.

Frères et Sœurs, fils et filles de Madagascar, avancez sur cette route à la suite de votre compatriote!


En vérité, « dans la maison du Père beaucoup peuvent trouver leur demeure ».


Ho tahìn’ Andriamanitra isìka rehetra !

[Que le Seigneur nous bénisse!]

Mis à jour ( Mardi, 23 Août 2011 16:01 )  
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