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Madagascar : Une histoire (vraie et réaliste) de riz par Erick Rajaonary

Erick Rajaonary

En cette fin de semaine, Madagate.com ouvre ses colonnes à l’Administrateur général de la société GUANOMAD, pour parler de la filière rizicole à Madagascar, en toute connaissance de cause, son secteur étant lié à cet aliment de base des Malgaches, comme l’eau et le… riz. C’est-à-dire que les engrais biologiques de Guanomad sont indissociables de la riziculture. Mais trêve de bavardage : place à Mister Guanomad.

Jeannot Ramambazafy

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Hausse de l’importation du riz : Conséquence inévitable en l’absence d’opération d’intensification rizicole


Le « Vary Aloha » est largement insuffisant pour combler les besoins

Certes, il est de fait que le riz importé survient en général en fin d’année pour couvrir les besoins de la population malgache car le « Vary aloha » ou le riz de contre-saison reste insuffisant. Néanmoins force est de constater qu’en 2011, l’importation du riz a subi un contre coup puisqu’elle a subi une hausse de plus de 60 % par rapport à 2010. Effectivement en novembre et décembre 2011, environ 50 000 tonnes de riz blanc ont pénétré sur le marché, contre 30 000 tonnes en moyenne chaque année.

Pourtant, si en juin 2011 on avait mobilisé les paysans pour cultiver le riz de contre-saison à travers les opérations d’intensification rizicole (mise à disposition d’engrais et de semences améliorées), les chiffres en seraient autrement.

Notons qu’avec 440 000 Ariary / ha d’achats d’intrants (semences + engrais), on peut obtenir une récolte de plus de 3 tonnes de paddy, soit près de 2 tonnes de riz blanc à l’hectare, ce qui correspond à un revenu net de 500 000 Ariary / ha en moyenne.

En juillet 2011, pour les Régions d’Analamanga, Atsinanana et Atsimo Atsinanana, il a été recensé plus de 1500 ha de terrains propices au riz de contre-saison. Cette opération rizicole aurait pu produire environ 3500 tonnes de riz blanc, générant ainsi des revenus pour plus de 6000 ménages.

Une hausse considérable de plus de 100 000 tonnes de riz importé après la Révolution Verte

En seulement 2 ans, la quantité de riz importée a plus que doublé, passant de 90 000 à 192 000 tonnes.

En 2009, l’importation de riz a connu son niveau le plus bas grâce à la politique de Révolution Verte établie en 2008 qui consistait à subventionner les intrants sur tout le territoire national, favorisant une intensification massive de la production rizicole pour réduire ainsi la pauvreté dans le milieu rural. La production était en hausse, les revenus des paysans se sont nettement améliorés, constatés par les quelques indicateurs, dont l’achat de matériels et de biens familiaux (bicyclettes, radios…).

Mais depuis la crise de 2009, les revenus ruraux n’ont cessé de baissé.

Une situation inéluctable puisqu’aucune action de consolidation n’a été poursuivie pour pérenniser les acquis de la Révolution Verte. Aucun effort d’accompagnement, ni d’appui n’ont été réalisés à l’endroit des agriculteurs. Les conséquences sont perceptibles à tout niveau, la pauvreté rurale ce cesse de gagner du terrain, les paysans ne dégagent plus de revenus. Perte du pouvoir d’achat de plus de 40 % en 3 ans, toute acquisition d’intrants agricoles (engrais et semences) devient quasiment impossible. L’insécurité alimentaire couvre plus de 63% de la population rurale.

Une tonne de riz importée équivaut à 2 tonnes de riz produit localement

Le prix d’1 tonne de riz importée (estimée à 800 000 Ariary) permet aux paysans de financer les achats d’intrants et de matériels (engrais, semences, sarcleuses, charrues…) pour cultiver au moins 1 hectare de terrain correctement, tout en respectant les techniques modernes. Avec ce financement, les paysans peuvent dégager au moins 2 tonnes de riz blanc à l’hectare, soit une tonne de riz supplémentaire.

En extrapolant, 190 000 tonnes de riz importé, correspond environ à 400 000 tonnes de riz local, soit 75 Milliards d’Ariary de revenu net global réparti sur au moins 200 000 ménages (hypothèse : 1 ha / ménage), soit 375 000 Ariary / ménage concerné.

Paupérisation de la population Rurale

Cette importation massive de riz ne fait qu’appauvrir nos paysans malgaches au profit des paysans des pays importateurs, de surcroit cette paupérisation de la population rurale entraine un exode rural. Aujourd’hui on constate que la population à Antananarivo et ses banlieues ont augmenté de plus de 20 % en 3 ans. D’où le développement dans les grandes villes de la mendicité, de l’informel et surtout de l’insécurité.

L’insécurité alimentaire touche non seulement la population du Sud mais pratiquement toutes les régions de notre Grande Ile et les grandes villes. Nous somme aujourd’hui à la limite d’une explosion sociale car plus de 55 % de la population malgache, soit 11 millions d’habitants, vit aujourd’hui dans la misère totale

Halte au Trading sur le Riz qui tue l’Economie Rurale

Passons à l’action, il est temps de CULTIVER.

La pauvreté gagne du terrain chaque jour. Selon le PNUD, 76 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, dont 83 % en milieu rural, avec un revenu journalier de moins de 1 US$.

Le redémarrage de la production rizicole est inéluctable cette année si l’on ne veut pas connaitre une paupérisation totale de la population rurale. L’Etat doit être la locomotive et le leader pour rassembler tous les acteurs du développement rural (producteur d’intrants, fournisseurs de matériels, Instituts de micro-finances, etc…).

Plusieurs solutions existent pour relancer la production rizicole, entre autres :

- Subventionner partiellement les intrants et les petits matériels agricoles.

- Consolider ces acquis à travers les mécanismes de refinancement, les accompagnements, les appuis massifs à l’intégration des paysans dans le système de micro finance, l’élargissement des fonds d’investissements ruraux.

- Diffuser la pratique du SRI etc…

Le seul moyen de sortir de la pauvreté c’est de relancer et soutenir la politique agricole à Madagascar et non le secteur minier ou autres…bien que ce soient des secteurs porteurs pour une minorité.

Comme disait Le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, en Juillet 2011 lors de son passage à Antananarivo :

« Madagascar dispose d’un potentiel unique en matière d’agriculture écologique », a-t-il expliqué. «On sait que le système de riziculture intensif, une découverte purement malgache, permet de doubler, tripler voire quadrupler les rendements. Une stratégie nationale d’appui à ce type de production écologique pourrait rendre la Grande Île auto-suffisante en riz en 3 ans, alors qu’elle importe chaque année 100 à 150.000 tonnes de riz. Mais il faut pour cela que les autorités se décident à agir.»


Erick RAJAONARY – Administrateur général de GUANOMAD

(Photos fournies)

Mis à jour ( Vendredi, 23 Mars 2012 19:07 )  
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